{ Où je vous parle de mon jardin… }

 

{ Où je vous parle de mon jardin en permaculture… }

Et de mon potager en particulier !

 

Ces dernières semaines, si déconcertantes, ont été grandement adoucies par le bonheur d’être en famille à la maison… Mais mon jardin a aussi joué un grand rôle à la fois rassurant, consolant, joyeux, poétique, étonnant, distrayant, nourricier, bref, du baume au cœur, un baume 100% bio et naturel à base de fleurs, de miel, de sucs de plantes et de perles de rosée…

Pauvre jardin, dans lequel je regrette chaque année de ne pouvoir passer plus de temps malgré la tendresse que je lui porte… Il a été tout étonné ce printemps de me voir chaque jour, même sous la pluie ! Autant dire qu’il en est tout transformé, et sans ressembler non plus au Potager du Roy à Versailles (et tant mieux, car je suis pas tellement adeptes des thuyas savamment taillés en suppositoires géants), il a quand même une bonne tête de jardin campagnard délicieusement rétro, avec des légumes et des fleurs à profusion formant une sorte de gros bazar harmonieux, les graminées sauvages chatouillant le nez des roses, les corolles toutes légères du lin bleu égayant les plans de pommes de terre (tout en les protégeant, beaucoup plus prosaïquement, des doryphores), les potirons partant à l’assaut des treilles dans une course amicale contre les vignes, les marguerites, coquelicots et bleuets formant de jolies touches impressionnistes au pied des fruitiers (tout en abritant la faune auxiliaire)… Sans oublier, au potager, les vrilles charmantes des pois gourmands, le feuillage si fin des carottes, les grosses laitues craquantes semblant mourir d’envie d’être dévorées et le popotin tout rose des petits radis sortant de terre pour prendre un peu le soleil. Bref, tout cela, c’est une merveilleuse découverte au jour le jour, et je visite mon jardin chaque matin avec une joie sans cesse renouvelée. Hier j’ai découvert la première fleur de pivoine, d’un rose chair si doux… Un plan de fenouil sauvage s’est installé à côté, tout seul comme un grand, et son feuillage si fin, si aérien, est juste l’accord parfait pour souligner ces grosses fleurs si généreuses.

” Roses anglaises “Teasing Georgia”, “Bathsheba” et “Crown Princess Margareta” (David Austin), associées à du gaillet blanc, une “mauvaise herbe” si charmante que je me garde bien de l’arracher !

Après la visite de deux jolis pigeons dans mon cerisier, j’ai craqué et installé un couple de “texans” dans la volière de mon poulailler : ils couvent déjà ! En attendant de voir à quoi ressemble un petit pigeon (il paraît que c’est particulièrement laid, genre E.T. avec des ailes), plusieurs ravissantes boules de plumes jaunes et noires sont nées au poulailler. Quant à Chingachgook le canard, il a bien grandi et nous suit partout de sa démarche dodelinante si comique… Une couvée de canards « coureur indien » (des vrais, cette fois-ci ;)) a été lancée, et on attends tout cela avec beaucoup d’impatience car en plus d’être très affectueux et carrément délirants avec leur démarche de vieux gentleman très digne qui aurait été filmé en accéléré, ce sont paraît-il des bouloteurs de limaces hors pairs ! Je vous dirais ça quand j’aurais testé. Pourvu que ce ne soient pas des coureurs indiens vegans, qui préfèreront mes salades…

Ce jardin, je le cultive en appliquant jour après jour un maximum de principes de permaculture, apprenant chaque saison un peu plus sur la vie du sol, les associations de plantes, l’importance du non-travail de la terre, ou les échanges de « bons procédés » entre auxiliaires du jardin et végétaux par exemple. Sans oublier l’importance d’ouvrir grand les yeux pour trouver, le plus localement possible, des ressources formidables pour pailler, soigner les plantes, ou améliorer la fertilité du sol sans devoir acheter en jardinerie des sacs onéreux et venant de loin.

Mon jardin, qui entoure totalement la maison mais pas de façon très équitable, se découpe, grosso modo, en 4 zones :

1/ Une cour de ferme exposée sud-ouest, devant la maison, avec une grande allée sablée : ce n’est pas l’endroit le plus fertile du jardin puisque l’allée doit rester « carrossable »… Mais cette cour a deux zones de pelouse (composées de plantes et graminées autochtones, plus résilientes que le gazon), une cabane d’enfants avec mini-potager (composé principalement de fraisiers en guise de « légumes », tu parles ;)) et « mini-clairière secrète » lovée au milieu d’une haie de lilas et d’arbres à papillons. Quatre grands massifs de fleurs dans le style « jardin anglais » (associant rosiers et plantes vivaces vaporeuses) suivent l’allée en laissant déborder leurs jolis coussins bien ronds de népétas et géraniums vivaces. On trouve aussi dans cette cour plusieurs treilles plantées de vignes, des rosiers grimpants, deux figuiers, un mûrier platane, des herbes aromatiques, bref, beaucoup de vie, et cette zone du jardin si colorée, parfumée et bourdonnante, a bien changé depuis que nous avons acheté la maison (à l’époque, c’était une allée gravillonnée, un gazon uniforme, et quelques arbustes d’autoroute paillés aux écorces de pin, bref, rien de bien charmant, et le quasi vide en terme de biodiversité). Mais cette zone-là, qui est la plus proche de ma maison, je vous en parlerai dans un prochain article 😉

Je laisse fleurir quelques choux tôt au printemps, c’est le délice des petites abeilles…

2/ Derrière la maison, au nord-ouest, il y a un morceau de terrain se présentant sous la forme d’une bande assez étroite (environ 4m), et qui était au départ un sol très dégradé car décaissé à la pelleteuse ! La terre, jaune, glaiseuse, est du pur pisé, celui dont on se sert pour monter les murs des maisons dans ma région… Donner de la vie et du charme à cet endroit du jardin a donc été une gageure !!! Maintenant, on y trouve une grande haie très diversifiée associant des petits fruits et des floraisons échelonnées sur plusieurs mois, une sublime collection de rosiers dans un camaïeu de jaune doux, pêche et tons cuivrés soulignée de plantes couvre-sols bleues et mauves, deux pruniers, une glycine, deux bignones, et j’en oublie, c’est sûr ! Cette haie est un refuge merveilleux pour les oiseaux du ciel… Même si elle est aussi pleine de lézards verts du genre Jurassic Park miniature (pas si « miniatures » que ça), qui nous filent souvent des frousses du tonnerre de Brest quand on ne s’y attend pas^^. Là aussi, cette zone – qui aurait pu servir au départ pour une reconstitution historique sur la bataille de Verdun – est devenu au cours du temps bien plus fertile, fleurie, mellifère, animée de l’incessant balai des abeilles et papillons, même si cela ne s’est pas fait en un jour mais petit à petit, tout tranquillement… Il a fallut passer par les plantes pionnières, les lasagnes, les paillages et tutti quanti, mais ce serait bien long de vous raconter tout cela aujourd’hui.

On y a construit un grand muret de galets pour soutenir la terre décaissée, un joli petit oratoire dédié à Notre Dame Reine de la Paix, un barbecue vertical (c’est tout de suite plus prosaïque ;)) et depuis, c’est notre jardin d’été, car exposé plein nord et souvent rafraîchit par une petite brise descendant de la forêt toute proche, cet endroit est un délice par temps de canicule grâce à son ombre bienfaisante et sa pelouse si fraîche. De cette zone du jardin, bordée d’un immense champ d’un hectare non cultivé (un agriculteur y fait ses foins), on a vue sur les sommets et crêtes de la forêt de Chambaran (qui commence juste après le champ, on habite donc quasiment à l’orée des bois), dont une petite colline de pâturage couronnée d’un énorme chêne, au loin. Et cette silhouette se découpant sur le ciel du soir, avec ou sans les vaches broutant paisiblement à son pied (selon le vent, on entend même tinter leurs jolies cloches), je ne m’en lasserai jamais… Mais ça, je vous le présenterai un autre jour aussi 😉

On a dit qu’on ne parlait que du potager, et je ne vous ai pas (encore ;)) photographié les autres zones du jardin. Mais je craque quand même (c’est plus fort que moi !) pour quelques roses, dont “Lyne Renaud” (Meilland) un rosier somptueux qui accueille les amis à l’entrée du jardin depuis plus de 10 ans.

3/Au sud-est, c’est le verger, composé de divers pommiers, pruniers, mais aussi un noyer, un pêcher, un poirier, un plaqueminier, un cerisier (gigantesque !) et une haie de noisetiers. Mais c’est aussi la pâture des poules ! Cette zone de prairie est non fauchée, si ce n’est par la gourmandise des cocottes. C’est aussi ma réserve d’orties sauvages (pour la soupe, mais aussi le purin et la fertilisation du potager), que les poules boudent parce que ça pique (on les comprend !). Pour aller de leur grand poulailler/volière (contre le mur sud-est de la maison) à cette partie du verger qui leur est destinée (mais clôturée, vous allez voir pourquoi !), les poules doivent emprunter un petit tunnel sous-terrain construit par mon mari car sinon, elle seraient obligées de traverser une bande du verger trèèès dangereusement tentante car menant tout droit… au potager 😉

D’ailleurs, des potagers il y en a deux chez moi, dont un dans cette zone de verger sud-est (celui qui serait directement menacé sans le tunnel à poules) : Il tout simple, parfaitement rectiligne et rectangulaire, le sol y est assez sablonneux, et je l’ai beaucoup cultivé il y a quelques années avant qu’il ne devienne un terrain de foot/badminton ces derniers temps faute de disponibilité de la jardinière. Il est redevenu cette année un potager grâce à Grelinet mon cher fils (qui, rassurez-vous, ne s’appelle pas Grelinet dans la vraie vie : c’est juste un petit nom attachant que je lui ai trouvé en le voyant défricher bravement, à la pioche et à la grelinette, ce bout de terrain tassé et piétiné par des années de parties foot déchaînées). Cette terre, une fois défrichée, est assez agréable à travailler, mais a bien besoin d’un coup de pouce pour améliorer sa fertilité et sa structure : lasagnes, engrais verts, paillages nutritifs, amendements… je suis en train de reprendre les choses en main tout en y menant déjà quelques bonnes cultures de légumes.

Toujours dans cette zone sud-est de verger-potager, j’ai deux énormes tas de compost dans le bas du terrain (où je plante chaque année des pieds de courges, sachant que j’ai une façon très particulière de produire du compost, en lasagne, avec courges ET phacélie durant tout l’été, je vous raconterai peut-être ça un jour), des patates douces qui grimpent contre la clôture (c’est un essai cette année), un massif de framboisiers et cassissiers (bien paillés, et au pied desquels je plante aussi des courges pour qu’elles puissent faire profiter les framboisiers de leurs divers arrosages et fertilisations), un large carré de pommes de terres plantées « sur gazon » (encore une technique de permaculture, mais je ne peux hélas pas tout expliquer dans les détails aujourd’hui)… et c’est à peu près tout. De cet endroit du jardin, on aperçoit des champs cultivés, mais aussi une petite route de campagne (en contrebas, bordée de merisiers sauvages et d’acacias absolument géants où s’ébattent de nombreuses pies, piverts, coucous et écureuils pour assurer le spectacle à toute heure du jour) et, au loin, les massifs de la Chartreuse et des Alpes. Bref, c’est bien joli aussi.

L’ail se consomme aussi immature, comme ici, avec ses tiges et ses feuilles. On appelle cela de l’aillet, et c’est tellement, mais tellement bon ! Au jardin, il prend la suite de l’ail des ours, qui disparait courant mai pour réapparaitre comme par magie en grands tapis l’année suivante, en mars, dans le coin le plus humide et le plus ombragé de mon potager.

4/ Enfin, LE potager principal, plein sud, et ceint d’un ancien petit muret moussu, charmant, qui coupe le vent et crée un formidable micro-climat (les anciens faisaient bien les choses). C’est de lui que je vais davantage vous parler aujourd’hui (pas du muret, du potager !) : Cet endroit est planté d’un vieux cerisier, d’un vieux mirabellier, et ils sont tout deux si généreux en fruits malgré leur grand âge que je partage volontiers avec eux cette zone assez fertile, argilo-limoneuse, au sol un peu lourd mais que j’ai réussi à bien améliorer grâce à divers amendements (engrais verts, apports massifs de compost et/ou compostage en surface, paillis nutritifs, etc.). Ce potager-là, que j’ai toujours cultivé en l’agrandissant un peu plus chaque année grâce au principe de la lasagne, est d’une générosité folle : à cette date, 12 mai, nous avons déjà mangé 81 salades en moins de 2 mois (promis, nous notons tout sur un carnet), et ce n’est que le début. Les légumes y sont plantés assez serrés, avec une succession de cultures quasiment non stop, bref, un ratio « surface/production » très élevé. C’est ma façon à moi de voir le potager, car avec toutes ces bouches à nourrir et un espace relativement petit (environ 50 à 60m2 pour ce potager-là), je ne peux pas me permettre, même si j’aimerais beaucoup, d’intégrer de larges allées confortables, ni de mettre les légumes bien à l’aise… Chez moi, ils doivent pousser en cohabitant de très près avec les autres, sans râler !

Cette plantation un peu dense au potager pose trois problèmes :

1- Il faut bien veiller à la fertilité du sol (mais là ça se passe bien, et chaque année ma terre est un peu plus riche et vivante grâce à divers principes de permaculture dont le non-travail du sol, le paillis nutritif quasi-permanant, etc.).

2- On peut voir apparaître quelques maladies cryptogamiques (par exemple un peu de mildiou sur les salades, ou de pourriture du collet) mais ce n’est jamais catastrophique grâce à la grande diversité de légumes cohabitant entre eux, dont certains avec des interactions très bénéfiques. Il serait par exemple extrêmement risqué de planter aussi serré uniquement de larges planches de laitues en monoculture : les insectes ravageurs et divers maladies s’y répandraient en un clin d’oeil. Mais en les intercalant par exemple avec des tomates, des cebettes, des épinards, des poireaux, etc. sans oublier les fleurs mellifères (qui attirent toute une gentille petite armée d’insectes auxiliaires), ça se passe plutôt bien ! Et puis j’ai toute une petite « pharmacie » de produits tout simples et naturels pour intervenir si besoin (le moins possible) : Huiles essentielles anti-fongiques (origan, sarriette, géranium..) et très bien tolérées par les légumes même très jeunes, savon noir, bicarbonate, décoction de prêle, petit lait… éventuellement soufre ou bouillie bordelaise dans de rares cas d’enquiquinements récalcitrants.

3- Il ne faut pas faire l’éléphant dans un magasin de porcelaine ! Et je rouspète un peu, parfois, toute seule dans mon jardin, car emprunter les allées s’apparente beaucoup à un jeu de marelle, étant donné que je n’ai pas d’allées (place perdue) mais juste des tomettes de terre cuites disposées çà et là pour poser le bout du pied sans écraser les légumes ni tasser cette belle terre aérée. Il en faut de l’équilibre, surtout avec un arrosoir de 20 litres à la main ! Et quand on s’accroupit un peu vite pour prélever une cebette, il ne faut pas oublier que derrière, se cache peut-être un machiavélique tuteur de piment en bambou qui ricane d’avance à l’idée de nous pourfendre le fessier gauche !

Mon potager en avril : C’est le seul moment de l’année où l’on voit la belle terre brune entre les frêles petits légumes. Après, le sol sera paillé, et le potager deviendra une vraie jungle nourricière ! Gardez bien cette photo en tête : je vous la reprendrai sous le même angle dans deux mois et on en reparle 😉

Mi-mars, j’ai semé et planté, en plus de mes 150 laitues (oui parce que chez nous, quand on fait de la salade – et c’est tous les jours en cette saison où il n’y a quasiment que ça au jardin – il en faut au moins quatre dans le saladier pour que tout le monde puisse en avoir une assiette décente. { J’ai un saladier de compet’, ma sœur doit s’en souvenir, c’est un truc en inox de 45cm de diamètre qu’on s’est trimballé toute une journée dans le Vieux-Nice accroché à une poussette il y a déjà 8 ans de ça 😉 }, de la roquette, du persil, des bulbilles d’ail et d’oignons, des épinards, des radis, des pois mange-tout, des pois croquants, des carottes, des choux et des blettes. En avril j’ai fait une lasagne de légumes verts (voir la vidéo, un peu plus bas), abritant du chou noir toscan (j’en suis archi-fan !), d’autres blettes (des niçoises, celles sans cardes), des choux flower sprout (quel horrible nom pour ces petits choux roses si jolis et savoureux ;)), des céleris, des choux chinois Tsoi Sim, des choux chinois Tah Tsai (je me la pète un peu mais je viens de vérifier, comme chaque année, l’orthographe sur le sachet de graines), de la tétragone, d’autres laitues, du basilic… tout cela avait été préalablement semé en petits godets courant mars et chouchouté bien au chaud, sur la dalle de la porte-fenêtre plein sud contre la maison.

La “grelinette” home-made, conçue et soudée par mon cher-et-tendre. Je suis très fière de lui (même si elle pèse un poids terrible du coup c’est lui qui la passe, hé hé…)

Fin avril, comme le printemps a été précoce cette année j’ai aussi eu la témérité de planter les pieds de tomate, de courgettes, de poivrons, de piment, de basilic, de courges et de potirons… et même, d’aubergines (!) avec un mois d’avance.

Je viens aussi de semer en godets et cagettes des légumes pour la fin de l’été et l’automne : poireaux, choux chinois, choux frisés, d’autres céleris, fenouils, etc. puis, un peu plus tard dans l’été, je penserai aux chicorées, laitues d’hiver, mâche, cresson, navets (pour les bons pot-au-feux ! »), claytone, etc., qui viendront compléter les récoltes hivernales de carottes, poireaux, courges et potirons, oignons et autres choux.

Toutes ces cultures prendront la place de cultures finissantes : par exemple, poireaux après le ramassage des pommes de terre, choux après les laitues ou les carottes de printemps, chicorées et laitues d’hiver après les pois gourmands, mâche et roquette glissées un peu partout où il reste de l’espace, bref, comme je le disais plus haut, mes légumes se serrent les coudes, c’est du « bien vivre ensemble » obligatoire, content ou pas, y’a pas trop le choix, et c’est cela qui me permet de récolter autant (à condition, je le reprécise, de bien m’occuper de mon sol  : ce petit bout de terre me nourrit généreusement, je le nourris en retour, c’est la moindre des gratitudes :)), et aussi de veiller à ce que les légumes soient courtois entre eux. Là par exemple je viens de récolter des choux certes encore un peu trop petits, mais parce qu’ils avaient décidé, malgré mes admonestations, d’étrangler les poivrons pour avoir toute la place. Je les avais prévenus !

Le fait de semer en godets permet de produire davantage, car le mois (ou les deux mois) que tel ou tel légume passe chouchouté ainsi en pépinière permet qu’un autre légume soit en train d’occuper l’espace au potager pendant ce temps.

La terre de mon potager, après 6 ou 7 ans de pratiques de permaculture…

Je ne cultive pas de topinambours (et pourtant j’en raffole) car des agriculteurs du pays en ont planté un champ entier au cœur de la forêt il y a quelques années (pour nourrir les sangliers et, si j’ai bien compris, éviter qu’ils ne s’en prennent trop aux autres cultures) et ils nous ont dit qu’on pouvait en prendre tant qu’on voulait. Alors je ne vais pas m’en priver, et chaque automne, je fais comme les sangliers : le nez dans la terre, je fouille avec une petite pelle (n’ayant pas de groin) et je déterre des topinambours, c’est rigolo comme de chercher des œufs de Pâques, version “gros bébés de 40 ans” ;).

 

Ont dit généralement que pour nourrir une famille de 4 personnes, il faut environ 500m2 de potager. J’en suis très loin, car mes deux potagers totalisent à peine environ 120m2 à eux deux si on compte aussi les patates sous gazon et les diverses lasagnes rajoutées cette année (voir la vidéo plus bas). Mais même les années précédentes, avec seulement mon « potager fortifié » (celui entouré d’un vieux mur ;)) de 50m2, on a été presque autonomes en salades, tomates, cebettes, poivrons, courges… et surtout courgettes (qui veut des courgeeeeeetttes ?). Sans compter plein de choux différents, des poireaux, etc. Cette année, en rajoutant le deuxième potager et trois lasagnes, j’aimerais bien savoir exactement combien je récolte, voilà pourquoi nous avons décidé de tout noter : j’ai posé une balance sous le auvent, devant la porte de la cuisine, avec un petit carnet de type répertoire posé à côté : chaque onglet de légume est représenté par une gommette de sa couleur (violet pour les aubergines, rose fushia pour les radis, rouge pour les tomates, orange pour les carottes, bleu pour les poireaux, etc.) et comme il y avait plusieurs légumes de la même couleur (surtout en vert, n’est-ce pas) j’ai rajouté la ou les premières lettres du nom sur la pastille. Ainsi on a des pastilles vertes notées « E » (épinards), « T » (Tétragone), mais ça se gâtait pour les « C » (céleri, courgette, concombre, chou…). Alors on a une pastille verte « COU » (courgettes), « CHO » (choux), « CEL » (céleri) et, heu, « CONC » (pour les concombres, et là on a un peu serré l’écriture car la 4ème lettre s’imposait vraiment). Ce petit carnet, très facile d’utilisation pour toute la famille, est accroché par une ficelle à la balance ET à un stylo. Sinon, je sais comment ça va se passer, il va se perdre et ça sera la faute à personne (vous aussi vous avez les mêmes à la maison ?)

Les épinards, qui nous font tellement plaisir dès les premiers beaux jours. C’est la verdure “primeure” du potager, ils sont si frais, si gourmands…

Je savais déjà que beaucoup de légumes sortaient chaque année de mon potager, et plus je modifie mes pratiques vers davantage de permaculture, plus j’ai de récoltes. Mais comme ça, je saurai précisément combien. Le coup des 81 salades, 2kg d’épinards, 22 cebettes, etc. au 12 mai, ça m’a déjà bluffé…

Le deuxième potager (celui, plus sablonneux, qui a été retourné par Grelinet dans le verger) sera forcément moins fertile cette année, mais j’y ai toutefois planté des pommes de terre (une culture « nettoyante » idéale pour les terres fraîchement défrichées), des pois gourmands et croquants (qui vont, comme toutes les légumineuses, apporter de l’azote au sol grâce à leurs nodosités racinaires), des oignons et de l’ail (qui se plaisent bien en terre assez pauvres) des courgettes et des courges (généreusement agrémentées de fumier), ainsi que de la phacélie (un engrais vert ayant un effet à la fois structurant du sol, nettoyant et fertilisant, sans oublier que c’est une très jolie fleur bleue, de surcroît mellifère ce qui est très important quand on plante des courges car la présence d’abeilles pour polliniser les fleurs de cucurbitacées peut modifier la production du tout au tout !)

Pour arroser tout cela, nous récupérons l’eau de pluie dans de grands bacs. Nous paillons beaucoup les sols, avec tout ce qu’on a sous la main (feuilles mortes en automne, tontes de gazon, broyat de fins rameaux de haies taillées, mais surtout foin, ce dernier étant je pense le « régal » des sols, car plus riche en substances nutritives que la paille). Ces paillis, nous laissons la terre les « digérer » sur place après l’été, en automne et hiver, et nous intégrons, au croc, sur les premiers centimètres du sol ce qui ne serait pas tout à fait décomposé au début du printemps (car de mars à mai, je laisse ma terre nue, sans paillis, pour qu’elle puisse bien se réchauffer). Outre ces paillis nutritifs (qui se transforment en humus via l’action des vers de terre, des champignons et des micro-organismes du sol), la terre est aussi enrichie de compost, de fumiers de poule ou de chèvre (en fonction des cultures), et parfois d’Or Brun (la seule chose que j’achète en jardinerie avec le terreau pour semis) quand je manque de compost pour certaines cultures exigentes.

Au début, ces laitues étaient beaucoup plus serrées sur le rang. Au bout d’un mois environ, j’en récolte une sur deux sans attendre qu’elles soient énormes, laissant les autres continuer de grossir. C’est autant de place de gagnée…

Je rêve d’apporter encore beaucoup d’améliorations à mon jardin mais déjà, il a trouvé je pense un bel équilibre grâce à ses diverses zones qui interagissent entre elles : le broyant des haies ou les tontes de pelouse paillent et nourrissent le potager, zone la plus « exigente » du jardin. Outre le broyat pour pailler et fertiliser, les haies diversifiées coupent le vent glacial en hiver et desséchant en été, limitent l’évaporation et l’érosion du jardin, abritent les oiseaux et auxiliaires, captent par leur racines profondes les éléments nutritifs situés loin dans le sol. Les nombreuses fleurs d’ornement, outre le bonheur des yeux, attirent une grande vie au jardin : papillons, abeilles, syrphes, etc. sans oublier toutes les petits bêtes qui s’abritent dans les coins les plus sauvageons des massifs, que je me garde bien de nettoyer en automne car ils représentent gîte et couvert pour beaucoup d’espèces. Outre de bons œufs, nos poules fournissent un fumier CA-PI-TAL dans cet équilibre… et en échange, le potager leur fournit de délicieuses fanes et épluchures. Bref, chaque élément du jardin a plusieurs attraits, plusieurs atouts, interagit avec d’autres éléments, c’est cela aussi la permaculture. Il y un monde entre une haie de thuyas (dont on ne peut même utiliser les tailles pour pailler le jardin) et la même haie composée de lilas, boules de neige, églantiers, chèvrefeuilles, corêtes du japon, bignones, mûres grimpantes, seringats, troènes, rosiers, etc. dont les délicieuses floraisons vont se succéder au fils des saisons, sans compter les petites baies d’automne… Quelle beauté, la biodiversité !

Ce sont toutes ces interactions entre les différentes zones du jardin qui font sa force et sa résilience. L’an dernier, je me suis cassé le pied, mon jardin été totalement « abandonné » (5 mois d’immobilisation entre mai et septembre, ça ne pardonne pas !), et pourtant, le jardin s’est bien débrouillé : les coussins serrés de fleurs vivaces ont protégé le pieds des rosiers du manque d’eau, les nombreux auxiliaires bien installés ont veillé à ce que piérides et pucerons ne se croient pas tout permis au potager, les nombreux apports de compost et paillis nutritifs des ans passés ont permis aux légumes de se passer de moi pour une fois, bref, je n’ai pu qu’admirer l’équilibre et la force d’un jardin en permaculture. Même si tout n’a pas été parfait (les campagnols, ou rats taupiers, se sont fait des ventrées par exemple, sales bêtes !!!).

Du chou kale, vu sous un jour nouveau 🙂

Pour un jardin au design idéal en permaculture, il est « topissime » d’avoir aussi une mare (que je n’ai pas… un jour peut-être ?) et un coin de terrain totalement sauvage, où la main de l’Homme n’intervient pas. Pour cela, j’ai la forêt, immense, juste à côté…

Ma région a ses atouts (forêt, agriculture forte permettant de trouvant aisément du foin ou de la paille, zone rurale aux nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes auxiliaires, etc.) mais aussi des points faibles : hivers montagnards très froids, été très chauds et souvent secs, terre lourde et argileuse par endroits, armada de campagnols (ça prolifère dans les champs ces petits « Attila » rongeurs, mais entre un champ et un potager, hélas, le choix est vite vu) ou de mulots (on en a des gros comme des lapins, ils mangent les œufs, les poussins…). Chaque région a ses atouts et points faibles différents, ressources variées, etc., c’est pour cela qu’il n’y a pas un seul modèle valable en permaculture, mais plusieurs , les uns s’inspirant des autres en intégrant les différents impératifs.

Les trois grands principes consistent à observer, observer… et observer 😉 ! Mais il faut ensuite réfléchir et tirer partie des meilleurs ressources locales sans vouloir absolument copier à la lettre tel ou tel modèle vu dans un livre ou une vidéo youtube, mais juste en s’inspirant des modèles de la nature. Cela fait de nous des jardiniers observateurs, souvent émerveillés, respectueux… et comblés !

 

⇒ Je vous ai fait une petite vidéo sur la lasagne en permaculture, parce que la lasagne, ça a tout simplement changé ma vie de jardinier ! Il n’y a pas, à ma connaissance de moyen plus radical pour métamorphoser son sol (même le plus ingrat !), rapidement, sans se casser le dos, et le tout avec des récoltes dès les premières semaines suivant l’implantation. En voyant mon pauvre Grelinet se casser les reins et s’entailler les mains pour défricher le « terrain de foot » cette année, je me suis dit « Quel dommage qu’on n’ait pas eu plus de temps ! On aurait transformé ce terrain sans bêchage, juste grâce au système des lasagnes, par petites bandes d’1,20m, année après années, exactement comme je l’ai fait pour l’autre potager, gagnant chaque printemps un peu plus sur la prairie »…

 

Les pois croquants, encore plus dodus et sucrés que les pois gourmands. Mais là, il me faut encore un peu de patience avant les premières récoltes !

Une nouvelle lasagne, faite cette année. Je vous en parle un peu dans la vidéo.

Détail sur les tout petits légumes (blettes de Nice, Choux Tah Tsai, céleri, laitues) plantés dans la lasagne. Ils vont devenir énormes, je le sais, c’est comme ça tous les ans 😉

Un aperçu de la glycine en fleurs

Une “récolte” qui ne se mange pas. C’est juste pour le bonheur de faire rentrer cela dans sa maison…

Cette petite soupe de fanes de radis et patates douces est un dé-lice, on l’a faite 4 fois en deux semaines. Quand les fanes nous réjouissent plus encore que les radis en question… 😉

Avril au potager, ça “circule” encore bien entre les légumes… mais tout va se gâter courant mai !

Ah, ces salades de rêve, craquantes, ultra-fraîches, savoureuses au possible…

Oups, encore des roses, désolée, mais je ne peux résister au plaisir de partager avec vous ces jolis bouquets. ici dans un camaïeu de pêche, framboise et abricot…

Là dans des tons de fruits rouges acidulés…

Et enfin, cette photo que j’aime tant, sur le petit banc de pierres ourlé de campanules et de vergerettes… (Rosier, “Teasing Georgia”). 

En bonus, voici une petite bibliographie (non exhaustive) des livres qui m’ont tout appris ( depuis 30 ans que je dévore les ouvrages de jardin…) : il y en a bien d’autres sur le site de Terre Vivante, éditeur de référence et véritable “pionnier” en matière de jardin bio. Là je ne vous parle que de quelques livres que j’ai déjà dans ma bibliothèque. Comme on ne peut pas tous les acheter (évidemment ;)) je les ai classés : Certains sont des bases quasi incontournables (je les signale par une *) d’autres des livres plus spécialisés pour se perfectionner, soit que l’on soit passionné par un sujet bien précis (ex : les pommes de terre), soit que l’on soit déjà un jardinier chevronné en quête de perfectionnement ou de précision. Vous pouvez cliquer sur chaque titre pour plus d’infos.

 

Le poireau préfère les fraises*(Parce que c’est le tout premier – et le seul- que j’ai eu pendant des années, avec un autre ouvrage sur le potager, de Claude Aubert qui n’est plus édité.)

Je prépare mes potions pour le jardin (Des purins et décoctions diverses, très efficaces, pour remplacer les produits chimiques au jardin)

Je paille mes cultures

Je réussis mes plants du premier coup

Elles sont bonnes mes tomates

J’associe mes cultures et ça marche !*

Je ne jardine que le week-end !

J’accueille et j’observe les oiseaux dans mon jardin (Offert à ma petite Luce qui aime tant les oiseaux)

Mon potager de vivaces

Stop aux ravageurs dans mon jardin (Avec une super  solution pour tout… sauf pour les campagnols ;))

Je prépare mon potager d’hiver*

Mon petit jardin en permaculture* (Une perle ce livre !)

Je cultive mes pommes de terre

Le verger bio*

Les clés d’un sol vivant

Les enfants, vous venez jardiner ?

Le guide de la permaculture urbaine

Petit élevage familial bio*

Le sol en permaculture

Mon jardin du moindre effort*

Je cultive en lasagnes, partout et toute l’année* (Voir la vidéo ! ;))

Produire tous ses légumes, toute l’année*

Jardiner, ça peut pas faire de mal ! (De bons gestes, de bons outils et de très bons conseils pour jardiner longtemps, et à tout âge, sans se blesser ni se mettre le dos en compote)

Mon balcon en permaculture* (Pour ceux d’entre vous qui seraient citadins, mais titillés par la question ;))

L’oignon fait la force, et les choux sont pleins d’atouts

Mon potager, mes mômes et moi* (Une nouveauté, un livre très touchant, pédagogique et super sympa écrit par le “jardinier en chef” de Terre Vivante, qui intéressera tout autant les débutants que les jardiniers plus chevronnés.)

Drôles de légumes

Petit manuel d’apiculture douce en rucher Warré (Avec de si jolies photos de mon amie Aurélie Jeannette)

Faire son vin bio dans son jardin (Offert à mon cher et tendre, qui n’a pour l’instant réussi qu’à produire une effroyable piquette avec nos vignes un peu bizarroïdes… mais on y croit et on persévère ^^)

Du bois pour aménager mon jardin

Agenda 2020 du jardinier bio* (Histoire d’être sûrs de ne rien oublier, on y trouve toutes les dates idéales pour semer et planter).

 

Ceux qui ont l’air bien sympa mais que je n’ai pas (encore)…

Le guide Terre Vivante du potager bio* (Il est un peu onéreux mais très complet, et s’il ne vous en fallait qu’un seul pour débuter au potager, ce serait peut-être celui-là je pense. Beaucoup de mes amis l’ont à la maison et en sont fans)

Je démarre mon potager bio*

J’économise l’eau au potager

J’installe une ruche dans mon jardin

La vie secrète de ma mare

Des auxiliaires dans mon jardin

Je veux un jardin tout de suite !