Petit éloge de la nuance, épisode 2 

{ Petit éloge de la nuance, épisode 2 }

 

Alors le lait, bon ou mauvais ?

(En bonus, la recette du kéfir de lait)

 

Lait et produits laitiers

Marie Chioca©

En lisant certains commentaires par ci par là sur internet (où l’on « m’accuse » d’être une grande adepte du soja, ce qui me fait dresser les cheveux sur la tête !), je me rends compte qu’il y a un petit malentendu : Oui, je suis bien l’auteure de « Cuisiner sans lait », mais non, je ne rejette pas tous les produits laitiers ! Cet ouvrage est destiné, comme je l’explique bien dans l’introduction (que certains râleurs n’ont visiblement pas lue, mais encore eut-il fallu pour cela qu’ils daignassent ouvrir ledit bouquin avant de grogner) aux personnes soit gravement allergiques au lactose, soit plus ou moins intolérantes (mais ça demande d’être nuancé, d’où mon article d’aujourd’hui), soit souffrant de pathologies pour lesquelles une éviction des laitages est souhaitable (certains cancers hormono-dépendants par exemple).

Une fois de plus – et n’en déplaise aux esprits manichéens – il n’y a pas un gentil (le lait végétal) et un méchant (le lait animal). Dans la vie, les choses sont rarement aussi simples.

Vous connaissez peut-être déjà mon amour de la nuance, laquelle pourrait changer bien des choses si elle était davantage appliquée en matière d’alimentation (sans même parler de politique, d’Histoire, d’écologie… bref !). La nuance c’est un peu la fille de la bonne volonté, la sœur jumelle de l’honnêteté intellectuelle, et la mère du bon sens. La nuance, certes, s’oppose à un certain dualisme excessif (ça c’est blanc ou noir, bon ou mauvais, basta), mais ce n’est pas  non plus le consensus dans la mollesse genre « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il a raison, tout le monde il a sa vérité », non, il faut parfois batailler pour la nuance, être exigent, et même un peu casse-pied ;). Insister sur l’importance de nuancer telle ou telle idée, ce n’est ni plus ni moins qu’une forme d’amour de la vérité et de l’exactitude dans une société ou les jugements sont hélas souvent de plus en plus hâtifs, simplistes… et tout particulièrement en matière de bouffe ! Il y aura donc probablement un épisode 3 du « petit éloge de la nuance » qui portera sur le gluten… puis peut-être un épisode 4 (si  certains “animalistes” surexcités continuent à me chauffer un peu trop les oreilles), et bien d’autres encore, pourquoi pas.

Bref, pour en revenir au cas particulier des produits laitiers :

Une vache Salers et son petit... quelles belles cornes !

Une vache Salers et son petit…  Marie Chioca©

Je connais des médecins qui préconisent absolument trois laitages par jour, pour tous, sans distinction, et qui n’en démordent pas. A croire que sans ça notre squelette va fondre, nos dents vont se décrocher, et qu’on va tous finir par ressembler à des calmars.

Et puis je connais d’autres médecins qui les bannissent, car pensez-donc madame, les laitages sont responsables de tous nos maux (avec le gluten évidemment). Troubles ORL, cancer, surpoids, cors aux pieds, redressement fiscaux, tout je vous dit ! Laitages et gluten seraient les Bonnie and Clyde de notre assiette ! 

Avec ça, allez y comprendre quelque chose. Allez surtout savoir que mettre au menu de nos enfants ! Alors je ne suis pas médecin, c’est vrai. Mais j’aime bien comprendre. Il y a quelques années j’ai essayé de supprimer les produits laitiers de mon alimentation pendant plusieurs mois. Ça ne m’a pas vraiment fait du bien, j’ai souffert de spasmophilie. J’ai aussi essayé, bêtement, le coup des trois laitages par jour (c’était il y a encore plus longtemps, j’étais jeune et influençable ;)) et j’ai vite arrêté en frôlant les 80kg ! Puis je suis arrivée depuis quelques années à une sorte, je pense, de bon équilibre, en tout cas pour moi et ma famille. Je ne vous dit pas de faire absolument pareil car je ne suis ni médecin, ni diététicienne, ni coach santé, ni dictateur en bouffologie (mon CV, c’est cuisinière/photographe, basta !) et de plus nous sommes tous différents, mais voici toutefois quelques pistes dont vous ferez vraiment ce que vous voudrez. C’est juste le fruit de nombreuses années de réflexion, de lectures variées, et de constatations très empiriques « sur le terrain » (le terrain c’est à dire moi, en fait, car j’étais le seul cobaye à disposition ;)).

Un saint-nectaire "maison" en cours de fabrication...

Un saint-nectaire “maison” en cours de fabrication… Marie Chioca©

 

⇒Affirmation N°1 (des « pro-lait ») : « Il faut manger trois laitages par jour pour ne pas manquer de calcium. » 

⇒Nuance(s) à apporter :Trois laitages par jour, c’est vraiment beaucoup ! Déjà en terme de budget, ensuite parce que cela surcharge le foie, peut perturber l’activité hormonale, et acidifier l’organisme. Or, qui dit acidose chronique dit… fuites en calcium pour « tamponner » l’excès d’acidité, et donc déminéralisation osseuse ! Trois laitages par jour cela représente aussi trop de protéines et de graisses animales pour nos organismes qui, des chasseurs-cueilleurs-cultivateurs qu’étaient nos ancêtres sont devenus zoneurs-sur-ordinateurs en même pas trois générations.

Et puis cela dépend aussi des gens (certains médecins disent même, des groupes sanguins, mais je ne sais pas ce que vaut cette hypothèse) : Il y a des gens qui peuvent consommer un peu plus de laitages que d’autres, et s’en portent très bien. Cela évolue aussi au cours de la vie : un petit bébé devra consommer 100% de produits laitiers (idéalement, le bon lait de sa maman) et non pas du lait de soja (trop perturbateur au niveau hormonal), de riz (pas assez nourrissant) d’amande (trop allergisant), etc., alors qu’en approchant de la quarantaine ou de la cinquantaine, beaucoup de personnes commencent à moins bien digérer les laitages qu’avant, même en quantité raisonnable. Il faut donc savoir écouter son corps (et non sa gourmandise,dommage! ), car la bonne tolérance (ou pas) aux produits laitiers évolue au cours de la vie. Evolue ou fluctue, avec parfois des hauts et des bas : ainsi, une légère intolérance au lactose ressentie par exemple en période de stress intense ou de convalescence ne signifie pas que vous resterez intolérant à vie ! Juste que vous devez lever le pied quelques temps… jusqu’à ce que votre corps retrouve son équilibre.

A la maison, nous consommons 3 à 5 laitages par semaine (et pas n’importe lesquels, ni à n’importe quel repas, voir plus bas)

Une chèvre du Rove...

Une superbe chèvre du Rove (race provençale, mais photographiée tout près de chez nous dans le Dauphiné). Un éleveur dont le troupeau de moutons avait été décimé par le loup les a jointes au cheptel pour aider… ses chiens (!) à défendre le troupeau.. Et ça marche, car contrairement aux moutons les chèvres tiennent souvent tête aux loups, et avec de telles cornes, mazette… Marie Chioca©

⇒Affirmation N°2 (toujours des « pro-lait ») : « Il faut manger beaucoup de laitages après 50 ans pour éviter l’ostéoporose »

⇒Nuance(s) à apporter : C’est pas dit… Car comme nous l’avons vu juste au dessus, un excès de laitages engendre de l’acidose, laquelle accentue les risques d’ostéoporose. 

On trouve aussi du calcium dans d’autres aliments (brocoli, algues, sésame, fruits de mer, etc.), cependant, il semblerait que le calcium des eaux minérales ou de certains végétaux ne soient pas aussi bien assimilé que le calcium du fromage (à vérifier, mais je l’ai lu plusieurs fois). On peut donc, pas exemple, consommer de temps en temps des produits laitiers de bonne qualité (voir plus bas), mettre par ailleurs le plus possible de calcium végétal au menu, et renforcer son squelette avec de la vitamine D naturelle, de la silice organique, de la prêle, de l’ortie, pratiquer un peu d’activité sportive (à condition de ne pas se lancer non plus dans l’ultra trail ou le saut en parachute !). Il faut surtout lutter contre l’acidose chronique au quotidien, mais ce serait trop long de détailler cela ici, bien que ce soit intéressant. Renseignez-vous bien sur la question de l’équilibre acido-basique si vous souffrez d’ostéoporose. 

 

Un brousse de brebis fait-maison...

Un brousse de brebis fait-maison… Marie Chioca©

⇒ Affirmation N°3 (des « anti-lait ») : « Le lait, c’est mauvais pour la santé. »

⇒ Nuance(s) à apporter : Oui, c’est vrai, le lait sera mauvais pour votre santé si vous souffrez par exemple d’un cancer hormono-dépendant, d’une grave maladie inflammatoire chronique, d’une allergie au lactose (ou d’une intolérance avérée). En dehors de quelques pathologies, et bien tout dépend de la fréquence à laquelle nous consommons des produits laitiers (ça nous venons de le voir) mais aussi de quel lait on parle… et de quel laitage en particulier !

Car il y a un MONDE entre un verre de lait UHT produit par des vaches nourries à l’ensilage et le même verre de lait cru bio de vache, ou encore mieux, de chèvre.

Je m’explique (j’essaye d’aller au plus court mais ça va quand même être long).

– L’élevage : Dans le lait issu d’un élevage conventionnel on retrouve des antibiotiques, parfois des hormones bizarres, et beaucoup de graisses saturées car la façon dont les vaches sont nourries (ensilage, excès de soja et de céréales) influe sur la qualité même des graisses du lait.

Le lait issu de vaches mangeant de l’herbe et du foin est plus riche en omégas 3. Si de plus, les vaches sont bio, vous n’aurez pas de résidus d’antibiotiques.

– L’animal : Le lait de vache serait plus perturbant d’un point de vue hormonal que celui de chèvre ou de brebis. Cela ne veut pas dire que l’on doive le bannir, mais juste si possible privilégier davantage ceux de chèvre ou de brebis, comme cela se fait de façon ancestrale dans le régime méditerranéen par exemple.

– Le traitement du lait : Dans le lait UHT il n’y a plus aucun ferment, aucun probiotique, bref, plus de vie. C’est un aliment mort, stérilisé, indigeste. De plus, le traitement subi par le lait pour le rendre « UHT » modifie (si j’ai bien compris) les molécules mêmes de protéines et de graisses, les rendant plus aptes à traverser nos parois intestinales (d’où des risques accrus d’intolérances). Le lait cru, non homogénéisé, contient quant à lui dès la sortie du pie une diversité admirable de probiotiques, de ferments, de bonnes bactéries, bref, toute une vie, tout un brave petit peuple microscopique… qui aide déjà un peu à la digestion du lait, et ne demande qu’à se développer pour donner de bons fromages ou laitages, encore plus assimilables une fois fermentés ! Le lait cru (ou à la rigueur frais micro-filtré), de bonne qualité, est déjà meilleur donc que le lait UHT, mais gagnera beaucoup à être transformé en laitage ou en fromage avant sa consommation, car cette transformation (quand on ne dépasse pas une température de 57°C au moment de la fabrication) n’est autre qu’une sorte de multiplication « magique » de toute une flore composée de ferments naturels, de probiotiques, de champignons et d’enzymes qui nous font beaucoup de bien ! Pourquoi acheter à prix horrible des gélules de probiotiques quand on en trouve autant (et même davantage, avec une diversité bien plus impressionnante) dans les yaourts, fromages blancs, fromages frais, fromages affinés, kéfir, lait ribot, crème fraîche, etc. Bref, les laitages fermentés sont, comme tant d’autres aliments fermentés, bénéfiques à une bonne santé intestinale, mais aussi à une bonne immunité par exemple. 

 

Un cantal maison

Là c’est un cantal fait-maison. Vous me direz hein, si ça vous intéresse les recettes de tous ces fromages 😉 Marie Chioca©

⇒ Affirmation N°4 (des « anti-lait ») : «Le lait, ça fait grossir »

⇒ Nuance(s) à apporter : Oui, cela peut faire grossir. SI l’on consomme trop de laitages (excès de protéines et de matières grasses, fatigue du foie, inflammation chronique, perturbation hormonale, tout cela pèse sur la balance), et/ou si on les consomme régulièrement le soir, et/ou si on les choisit mal.

Il faut aussi savoir que les laitages peu ou non égouttés (donc riche en « petit lait », appelé aussi lactosérum), même s’ils sont par ailleurs intéressant pour la santé (yaourts par exemple, ou lait fermenté), peuvent chez certaines personnes augmenter la production d’insuline. Alors si vous êtes diabétiques, ou en surpoids, mieux vaut privilégier les laitages bien égouttés (faisselle plutôt que yaourt), frais ou affinés. Et il ne faut pas non plus oublier que plus le fromage est affiné, plus il est concentré en matières grasses et protéines ! Une portion de 50g de chèvre frais, c’est super raisonnable, mais 50g de comté, c’est beaucoup…

 

 

⇒ Affirmation N°5 (toujours des « anti-lait ») : « Le calcium du lait, on le métabolise pas bien »

⇒ Nuance(s) à apporter : Déjà, je n’ai jamais pu savoir qui avait raison entre les « pro-lait » qui affirment qu’on n’assimile pas aussi bien le calcium végétal que le calcium du lait, et les « anti-lait » qui disent exactement le contraire ! Mais une chose est sûre, on peut créer de bonnes associations d’aliments : Pour ma part, je mange du fromage au cours de repas ne contenant pas d’autres protéines animales (ou alors très peu, genre juste un œuf ou un peu de poisson). Cela évite les digestions difficiles, mais aussi les excès de protéines au même repas qui créent toutes sortes de troubles (problèmes de côlon, acidose, etc.). J’essaye, de façon générale (car je fais des exceptions, évidemment !) de ne pas manger de fromage en même temps que de la viande car l’assimilation du calcium et du fer serait semble-t-il en conflit s’ils sont consommés au sein d’un même repas. On peut aussi consommer un peu de fromage au petit déjeuner : du chèvre frais sur du pain complet grillé, avec un filet d’huile d’olive ça cale bien et c’est le bonheur !

Bref, je ne sais pas quel calcium est le plus assimilable, celui du lait ou celui des végétaux ? Dans l’impossibilité d’avoir une réponse sûre à ce sujet, j’ai adopté une position que je pense prudente : je mange « un peu de tout, et de tout un petit peu ! »

Un fromage de brebis

Un fromage de brebis (fait-maison aussi, avec une recette traditionnelle Corse) Marie Chioca©

⇒ Affirmation N°6 (des « anti-lait ») : « La preuve qu’on peut vivre sans lait c’est que les asiatiques n’en consomment traditionnellement pas et sont en très bonne santé »

⇒ Nuance(s) à apporter : C’est vrai ! Et certains d’entre eux cassent même des briques avec le tranchant de la main, tout ça tout ça, preuve que leurs squelettes sont bien assez solides pour que le diktat des 3-produits-laitiers-par-jour soit un peu mis à mal… Mais certaines populations qui consomment énormément de laitages (en Europe centrale par exemple, ou, beaucoup plus proche de nous, dans les Alpes) sont AUSSI en très bonne santé*, et c’est même là un grand mystère pour les « anti-lait ». De là à penser que, pour le lait comme pour le reste (soja, blé, etc.), nos organismes forgent leurs affinités alimentaires en fonction du terroir d’où il sont issus, il n’y a qu’un pas. Il n’est pas impossible par exemple que notre microbiote (la flore intestinale) ait évolué différemment selon que nos ancêtres aient été élevés depuis des générations au pain et fromage ou au riz et soja. On sait que dans la nature, la flore sait s’adapter. Pourquoi pas la flore intestinale ? Bref, une sage indication sur ce qui nous convient le mieux en matière d’alimentation consiste peut-être à essayer de reproduire autant que possible ce que faisaient nos anciens. Voilà aussi pourquoi chaque cuisine ancestrale et traditionnelle du monde est un trésor de l’humanité, et pourquoi il serait bien dommage de tout noyer dans une espèce de grande « fusion-food universelle » comme cela se fait hélas de plus en plus.

*Cela n’est vrai que si l’on parle du mode de vie réellement ancestral de ses peuples, soit des montagnes, soit des grandes steppes. Un mode de vie qui, par sa nature même, inclue aussi beaucoup d’activité physique au grand air, des cueillettes sauvages, des aliments non transformés et naturellement “bio”, du lait d’une extrême qualité, etc. Car évidemment, tout cela compte beaucoup ! On ne le répètera jamais assez… Dès qu’un peuple abandonne son mode de vie pour adopter notre “beeau” (sic) mode de vie moderne (malbouffe, produits industriels ultra-transformés, graisses trans, élevage intensif, pesticides sur les cultures, sédentarité, glucides raffinés, etc.) il adopte automatiquement tout le cortège des maladies dites de civilisation (re-sic) qui va avec… à méditer !

 

Pour résumer, voici comment l’on procède chez les Chioca en matière de produits laitiers :

– 4 ou 5 laitages par semaine et par personne

– En portion raisonnable (1 laitage = un seul yaourt, ou 30g de parmesan râpé, ou 50g de chèvre frais, ou un verre de kéfir de lait… ou un demi reblochon par personne (ça c’est pendant les vacances en Haute-Savoie)

– Mais jamais du lait en bouteille, non fermenté (personne chez nous ne boit de bols de lait au petit déjeuner par exemple : on carbure au thé, au café, à la chicorée, aux tisanes et au lait d’avoine)

– Toujours bio ou fermier

– Soit de vache, soit de chèvre, soit de brebis, mais en donnant quand même la préférence aux deux derniers

– Je fabrique la plupart de mes laitages (oui, et même mes fromages, d’ailleurs dites-moi si ça vous intéresse que je vous en parle ici)

… à partir de lait de chèvre cru bio (là je suis pistonnée, j’avoue), de lait de vache cru bio (que je trouve au rayon frais du supermarché, ou chez une éleveuse de ma région qui n’a pas le label bio mais dont le troupeau est toujours dans les champs), ou de lait de brebis acheté auprès d’un petit jeune du coin (mais ça reste assez cher, le lait de brebis).

Pour terminer j’ajouterai, sincèrement, que je ne peux imaginer une vie sans picodon de chèvre, ni cantal, ni mozzarella, ni reblochon, ni ossau iraty, ni gorgonzola au mascarpone, ni saint-félicien, ni chaource, ni saint-nectaire, ni tomme de Savoie, ni pecorino au poivre, ni beaufort, ni parmesan, ni rocamadour, ni valençay, ni brillat-savarin, ni pointe de brie, ni… râââââh, que c’est bon tout ça ! Et puis la gourmandise, ça rend heureux, et le bonheur, c’est la santé. Et puis c’est du patrimoine, de la culture générale, quoi. Et puis là je me rend compte que mes derniers arguments ne sont peut-être pas les plus objectifs de cet article 😉

Bon, on passe à la pratique? Voici la recette du kéfir, ou comment rendre un litre de lait encore plus bienfaisant, une sorte de petite “bombe” en probiotiques, de surcroît au goût délicieux et repiquable à l’infini…

Marie Chioca©

 

Le kéfir de lait à boire

 

Les grains de kéfir

Les grains de kéfir. Marie Chioca©

Le mot « kéfir » désigne tout aussi bien la boisson réalisée ci-après que les petits grains blancs et gélatineux qui servent à sa fermentation. Ces fameux grains de kéfir, qui ressemblent vaguement à des minis choux-fleurs et dont l’origine se perd dans la nuit des temps, sont en fait une sorte de symbiose entre des bactéries et des levures, une véritable bombe en micro-organismes vivants et bienfaisants, dont une multitude de ferments probiotiques (ceux que l’on paye si cher en gélules, alors qu’ils se retrouvent par millions dans chaque gorgée de ce délicieux breuvage…).

Certaines personnes ayant des soucis avec le lactose affirment même que le lait fermenté au kéfir ne leur pose aucun souci… Bon pour la santé donc le kéfir, certainement. Mais c’est aussi un régal : qu’il soit doux et crémeux comme un yaourt à boire, ou légèrement pétillant (je vous donne plus bas les deux versions possibles) on le boit d’abord par gourmandise !

 

Ingrédients pour 1l de kéfir à boire

Temps de préparation actif : environ 5min

 

Environ une c. à soupe de grains de kéfir de lait bien actifs

1l de lait cru à température ambiante (vache, chèvre ou brebis)

Facultatif : 2 c. à soupe de sucre roux (pour que ce soit plus pétillant)

 

Mettre les grains et le lait dans un bocal. Laisser fermenter environ 24H (tout dépend de la température ambiante), en agitant éventuellement le bocal de temps en temps pour que la préparation reste fluide.

Quand le lait a bien épaissi et pris un délicieux parfum un peu lactique et acidulé évoquant le fromage blanc en faisselle, c’est prêt ! Le filtrer à travers une passoire posée sur un entonnoir – lequel sera évidemment déposé dans le goulot d’une bouteille – pour récupérer les grains de kéfir (qui serviront à ensemencer d’autres fournées de kéfir), fermer la bouteille et placer au frais. Consommer idéalement dans la semaine, quand les ferments sont encore bien actifs.

 

⇒ Le saviez-vous ?

  • Si on ne relance pas tout de suite une nouvelle fermentation de kéfir, on peut conserver les grains longtemps au frais dans un tout petit bocal de lait, à condition de changer ledit lait tous les 5 jours environ (j’ai lu sur certains blogs qu’on pouvait changer le lait une fois tous les 3 mois seulement, mais je n’ai pas osé, de peur de perdre mes petits grains « magiques ») pour assurer à la fois le gîte et le couvert à ce gentil petit squatteur de frigo… qui nous rendra au centuple ces quelques bons soins !
  • Le lait de vache donne du kéfir plus épais que celui de chèvre, mais les deux sont excellents au goût Le kéfir de brebis est probablement tout aussi délicieux, mais je n’y ai pas encore goûté !
  • Si suite à la fermentation votre lait a trop épaissi, et que vous rencontrez quelques difficultés à le filtrer pour récupérer les grains, secouez bien le bocal pour le liquéfier avant de tout verser dans la passoire. On peut aussi récupérer les grains de kéfir tout simplement en partant « à la pêche » avec les doigts ou avec une fourchette dans le bocal de fermentation, puis, une fois les grains mis en « sécurité », fouetter le lait fermenté pour le rendre plus fluide et onctueux.
  • Où trouver des grains de kéfir ? Les ferments en poudre que l’on vend en petits sachets au rayon frais dans les magasins bio permettent certes de préparer une délicieuse boisson lactée au goût très proche du kéfir traditionnel, mais ne sont pas de véritables grains de kéfir. Ces derniers, par tradition, ne se vendent jamais : ils s’offrent ou se troquent ! Des forums de dons ou d’échange de kéfir existent sur le net, ainsi que des groupes Facebook, mais on peut aussi tout simplement déposer une petite annonce dans un magasin bio : c’est avec cette méthode que j’ai pu trouver des grains de kéfir en 48H seulement !
  • Si l’on souhaite faire du kéfir de lait un peu pétillant, le laisser fermenter, une fois filtré, 24h de plus dans une bouteille à température ambiante… sans visser le bouchon à fond !
  • Pour cette recette, l’idéal est d’utiliser du lait frais, soit cru, soit microfiltré ou pasteurisé car le goût sera bien meilleur ainsi. Mais si vous n’avez que du lait UHT sous la main, vous pouvez l’utiliser : en restaurant la flore de ce pauvre lait stérilisé, le kéfir lui redonnera une bien meilleure digestibilité.
  • Selon le type de lait utilisé (vache, chèvre ou brebis), sa qualité (cru, microfiltré, pasteurisé, UHT), son traitement (entier, demi-écrémé) mais aussi la température ambiante au moment de la fermentation, le kéfir obtenu peut avoir un goût et une texture très différents ! Mais du moment que le lait a épaissi, et sent bon, soit le fromage blanc, soit le yaourt, c’est que tout s’est bien passé !
  • Apparement, il est possible que le kéfir réalisé avec des grains un peu “fatigués” (qui sont par exemple restés longtemps au frigo) puisse avoir un gout un peu bizarre… Mais il ne faut pas se décourager ! Au bout de quelques tournées, le temps de se “remettre dans le bain” il reprendra un goût délicieux. Moi j’ai eu beaucoup de chance avec le kéfir que l’on m’a donné : dès que j’ai humé le bocal, j’ai su que j’allais aimer le kéfir 😉

 

 

« Yaourts » de kéfir

 

Marie Chioca©

Contrairement au kéfir à boire présenté dans la recette précédente, celui-ci se mange à la cuillère, et présente une extraordinaire texture, crémeuse à souhait, bien plus épaisse que celle de la plupart des yaourts maison. Comme c’est en outre beaucoup plus facile à faire (car le lait fermente à température ambiante), et tout aussi riche, voire plus, en probiotiques, cela pourrait bien nous faire remiser définitivement à la cave toutes les yaourtières qui encombrent nos placards…

 

Ingrédients pour 6 à 8 « yaourts » de kéfir

Temps de préparation actif : 5 min

 

10cl de kéfir bien actif (la boisson ci-dessus)

1l de lait cru (ou à la rigueur frais microfiltré) de vache bio et entier

 

Mélanger le kéfir et le lait. Verser dans les pots, couvrir d’un torchon et laisser fermenter environ 24H à 48H (tout dépend de la température ambiante), jusqu’à que la préparation soit bien épaissie.

Couvrir les pots et mettre au frais au moins 4H avant de savourer.

C’est tout !

 

Marie Chioca©

⇒ Le saviez-vous ?

Dans la recette précédente (kéfir à boire), ce sont les grains de kéfir qui font fermenter le lait. Dans ces « yaourts », c’est juste un peu de lait fermenté repiqué d’une précédente tournée de kéfir-boisson, car ainsi, on n’est pas obligé de partir à la « pêche aux grains » ce qui casserait immanquablement la jolie texture de ces yaourts ! Mais contrairement aux véritables yaourts (ceux que l’on fabrique en faisant fermenter à chaud du lait et du ferment pour yaourts), ceux-ci ne sont pas « repiquables » à l’infini et au bout d’un moment, la flore du kéfir s’appauvrit. Mieux vaut donc à chaque fois utiliser 10cl de kéfir-boisson pour ensemencer le litre de lait, plutôt qu’un pot de «kéfir-yaourt  d’une tournée précédente.

 

Allez, on termine ce (long) article sur le lait par quelques belles images de vaches, de moutons et de biquettes prises cet été (j’ai toujours un souci avec l’algodystrophie, mais je commence à aller faire le guignol boiteux dans les champs avec mon appareil photo alors c’est preuve que ça va mieux). Ah, que j’aime la campagne… Mais ça, vous le savez n’est-ce pas? 🙂

 

Une vache de race limousine

Une vache de race limousine

Génisses

De jolies petites génisses juste au dessus de chez moi (derrière la colline, il y a ma maison).

Montbéliardes

Deux belles montbeliardes, une race très répandue par chez nous puisque c’est avec son lait que l’on fabrique les fromages saint-marcellin et saint-félicien. Pour la petite histoire, un chevreuil a traversé juste après, mais je l’ai loupé de peu…

Vache Aubrac

Une belle Aubrac (la seule du coin ;))

Le soir dans les Chambaran

Le soir, juste au dessus de chez moi, trois vaches perdues dans un champ immense. J’aime tellement cette photo !

Voici enfin, pour approfondir la question, ces articles rédigés par Marie-Claire Frédérique, une personne que j’admire beaucoup pour son franc-parler et la grande qualité de ses publications :

Les fromages au lait cru ne sont ni risqués ni dangereux pour la santé (clic)

La rocambolesque histoire du kéfir de lait (clic)

Le kéfir étudié par la science (clic)

A bientôt 🙂