{ Attention, travaux ! }

 { Attention, travaux ! }

 …Mais je vous donne quand même 2 recettes sympa à la fin de l’article 😉

 

Montage poissonsEn général, je ne suis pas très douée pour faire coïncider pile-poil mes recettes avec le calendrier. La semaine dernière, c’était la St Patrick, et cela fait presque 8 ans que je me dit « Cette fois-ci, il ne faudra suurtout pas oublier de publier sur le blog une bonne recette irlandaise pour le 17 mars ». Et voilà, encore une année loupée. Je l’avais pourtant bien écrit sur mon agenda, moi qui aime tant l’Irlande en général, et St Patrick en particulier, mais je suis encore passée à côté. Il faut dire que j’ai quelques petites circonstances atténuantes : ma cuisine est en travaux. Et pas juste un petit niwagnagna de coup de pinceau à donner en sifflotant, non, plutôt le genre de travaux où tu te demandes si la maison sera encore debout quand ton mari aura fini de tronçonner le plan de travail de la main droite tout en ouvrant une saignée dans le carrelage au marteau piqueur de la main gauche.

Cependant, je ne vais pas me plaindre car cette cuisine, il fallait vraiment faire quelque chose ! Restée presque en l’état depuis les propriétaires précédents, elle n’était pas franchement vilaine (même si on aurait pu rêver mieux), mais carrément pas adaptée à mon travail : des placards en vrai bois (ça c’est plutôt chouette), mais in-photographiables car laqués d’un vernis roux ultra brillant censé donner un look rustique (vous savez, le style « Louis-XV-années-80 » ;)). Un plan de travail luisant en faux marbre mais vrai plastique. Un gros bar (là on est d’accord, je ne parle pas du poisson) en simili-briques orange qui coupe la pièce en deux et empêche la lumière d’arriver sur les plans de travail. Du marron partout (au sol, au plafond, sur les placards, une véritable orgie de marron), des fils électriques qui courent (avec des rallonges dans tous les sens tant la disposition des prises avait été pensée avec intelligence), des tuyaux de chaudière apparents… et surtout, un manque de lumière abyssal ! Je parle de la lumière du jour, évidemment, car côté néons on était bien servis (j’ai horreur des néons, et là il y en avait quatre !!! Le matin au réveil, c’était un peu la scène de torture genre « Ach, nous afons les moyens de fous faire barler »…).

Voilà pourquoi, depuis un peu plus de 10 ans, je prends absolument tous mes clichés dans le salon, lequel est un peu mieux exposé. C’est très pratique, vous allez voir : Imaginons que je fasse le pas à pas photographique d’un gâteau. Et bien le matin, je dois déjà tirer tout contre la porte-fenêtre du salon la table qui me sert à prendre mes photos (on ne peut pas la laisser là tout le temps, car une porte-fenêtre où il faudrait grimper sur la table à chaque fois qu’on veut sortir dans le jardin ou aller ouvrir à un livreur, ça limite beaucoup la praticité de la chose). Je dois ensuite placer contre la table une porte (j’en ai toute une collection) qui sert de « fond » à la photo. Puis installer des réflecteurs blancs pour la lumière. Voilà, ça c’est juste pour le petit déménagement quotidien du matin qui fait les bons biscottos et les bons lumbagos aussi. Ensuite je dois courir entre la cuisine et le salon autant de fois que j’ai de photos à prendre : genre tu fais ton caramel, hop, tu cours au salon avec la casserole bouillante pour la shooter très vite avant que ledit caramel ne durcisse. Puis tu montes tes blancs en neige, hop, tu cours au salon. Tu retournes à la cuisine peser la farine pour l’incorporer aux blancs en neige, hop, tu recours au salon. Et ça c’est quand tu n’as pas à enjamber un chien qui roupille, slalomer entre un château en cubes et un bateau pirate Playmobil, ou assurer un dérapé contrôlé sur la tache d’huile de coco fondue que tu viens de faire sur le carrelage lors du petit sprint « cuisine-salon » précédent. Et puis tout ça très vite, car en fin de matinée le soleil tourne encore, passe au coin de la maison, et là il faudrait continuer les photos à l’étage, dans les chambres, mais pitié…

Et rebelote tous les jours, pour une ou deux recettes quotidiennes, parfois trois.

Alors je vous la fais courte : un jour, j’en ai eu marre. Personne ne travaille comme ça tonnerre de Brest ! Mes « collègues » photographes ont souvent un petit atelier, un studio, ou du moins une pièce bien exposée dédiée aux séances photos. J’ai donc « tanné » mon mari pour avoir un atelier, mais il aurait fallu agrandir la maison et là pour le moment c’est hors budget. Du coup on refait la cuisine, avec des améliorations qui devraient pas mal me simplifier la vie… Je vous dirai ça plus tard parce qu’en ce moment, pour ce qui est de se “simplifier la vie”, avec ces travaux en mode post-bombardement on a évidemment obtenu l’inverse de l’effet recherché. Mais ça ce n’est que passager… et c’est même presque rigolo. Si ça vous dit, je vous raconte un peu (et si ça vous fait suer – là je ne peux vraiment pas vous en vouloir-, vous trouverez plus bas les recettes).

Moi je suis le ponceur en chef. Quand je demande « qu’est-ce que je fais » ? On me répond invariablement « Coooontinue de poncer ».

OK.

Génial.

J’ouvre la bouche pour râler mais je me souviens à temps que si on en est là, c’est un peu à cause de moi.

Alors je ponce, avec application, et grâce à cela j’ai découvert par exemple le concept délicieux du masque anti-poussières. C’est extra ! Cela t’évites de t’asphyxier avec les fines particules de bois, de veilles peintures, de plâtre ou de terre cuite. C’est ton propre gaz carbonique -que tu respires en boucle- qui se chargera de l’affaire. Et puis ce qui est bien c’est qu’il y a des lunettes pour se protéger les yeux. Et ça c’est vraiment malin. Ça aurait peut-être été encore plus performant si l’on pouvait voir à travers, mais faut pas non plus demander la lune : après tout, on ne peut pas être trop chiant et exiger de voir, ce ne sont QUE des lunettes (parce qu’il faut savoir que quand tu respires dans le masque anti-poussières, ça sort par les lunettes, ça fait de la buée, et du coup tu as le choix entre poncer à l’aveuglette à travers des lunettes opaques ou poncer sans lunettes, mais, les yeux fermés, c’est plus prudent).

Je ponce donc, avec une ponceuse ou avec une disqueuse selon les cas, et ce qui est étonnant, c’est que même en ayant terminé, je continue de poncer. En mangeant, j’ai la main qui vibre. En tapant sur mon clavier, j’ai le bras qui tressaute. Quand je ferme les yeux, je me vois encore en train de poncer et la nuit, je rêve que je ponce. Saleté de placards « Louis-XV-années-80 », ils m’en auront fait voir !

Mais bientôt je serai promue, et passerai de “ponceur apprenti” à “sableur en chef”, car j’ai réussi à dégoter une sableuse aéro-gommeuse qui devrait m’aider à décaper les endroits inaccessibles à la ponceuse. Elle est arrivée depuis une semaine, il faut la monter, et c’est bien ça le hic : Cher-et-Tendre n’a pas le temps, il m’a dit « regarde le mode d’emploi » mais moi j’ai toujours été nulle en Méccano : il y a bien sur la notice ce qu’ils appellent une « vue éclatée » (“Aidez-vous de la vue éclatée page 7 pour le montage de la machine » qu’ils disent), mais ça ressemble à un schéma d’astrophysicien, avec des zigouigouis dans tous les sens, on dirait un moteur de fusée qui viendrait de s’éclater sur le bitume après une chute libre à travers la stratosphère, et ce n’est pas dans le texte qu’il faut espérer trouver une aide quelconque : ça cause d’une histoire de manomètre qu’il faut visser fermement à la prise d’air au niveau de la vanne d’entrée à l’aide d’une goupille et d’une rondelle et de quatre clips qui doivent résister à une pression de 6 à 9 bar fixé sur un taraudage d’adaptateur mâle/femelle d’air comprimé sur un côté du filtre au raccord rapide. Bref, je ne suis pas sûre d’avoir bien tout compris dans le détail, mais une chose est sûre : il y a un avertissement en gros et en gras qui t’explique que si tu ne réalises pas tout à la lettre… Baouuuuum !

Voilà pourquoi en attendant, je continue de poncer…

J’ai aussi testé : repeindre un frigo à la bombe. Première couche, j’ai eu très peur, on avait juste l’impression qu’une bande de voyous venait de taguer mon frigo. Il a fallu quatre couches, passées en apnée (ceux qui ont testé la peinture en bombe comprendront).

Je teste aussi pour vous : 5 semaines sans four ni plaque de cuisson. Là ça fait presque deux semaines, et les « repas de chantier » consistent en casse-croûtes pain-sardines ou pain-fromage. C’est pas désagréable, surtout quand c’est du super bon fromage (la prochaine fois, je vous donnerai des nouvelles de mon fiston chevrier), mais je vous dirai à la fin des travaux ce que ma ligne en a pensé.

En vrai, je suis très reconnaissante de pouvoir faire ces travaux 😉 Pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs qu’en train de patauger dans les gravats avec une blouse poussiéreuse, des chaussures de clown de sécurité en taille 45 prêtées par mon fils (ça évite de se faire broyer un orteil), bercée par le doux murmure du marteau piqueur et enivrée du parfum d’un mur humide en cours de démolition : ça sera tellement plus chouette, après ;))

Travaux 1

La cuisine de Marie Chioca…

Travaux 2

Son ravissant ilot central en fausses briques orange…

Travaux 3

Son “Mignon” avale-poussière (indigestion en vue)…

Travaux 4

Ses placards très design…

L’air consterné du chien en mode “Mes maîtres ont pété un câble, ils ont bousillé toute leur niche !”…

Travaux 6

Son fourneau perfectionné…

Travaux 7

Ses menus d’anthologie…

Travaux 7

Son nouveau couteau électrique…

Travaux 10

Son Total Look Fashion Victim printemps 2019. (Ensemble “Le Ponceur de Rodin”).

Travaux 8

Et le meilleur pour la fin : LA fameuse “vue éclatée” de la sableuse aéro-gommeuse 😉 Est-ce que quelqu’un y en a compris de quoi ça s’agit? Moi je pense que j’ai juste réussi à identifier la cagoule, en haut à droite…

 

Bon, alors comme du coup je n’ai rien pu vous concocter de bon, je partage avec vous deux recettes tirées de mon dernier ouvrage « Poissons et autres produits de la mer » : la première est un peu festive, je me suis dit que ça serait par exemple très chouette pour une entrée à Pâques. La deuxième est d’une facilité déconcertante, et se réalise en 3 min chrono avec une simple fourchette. Tient. Ça me donne une idée pour le prochain repas de chantier…

 

Poisson en croûte aux légumes verts et parmesan

 

Inspirée du fameux Koulibiac russe (qui contient quant à lui plusieurs couches d’ingrédients différents), cette recette simplifiée n’est vraiment pas très longue à réaliser, et absolument délicieuse grâce à l’association du poisson et de la fondue de légumes au parmesan, le tout enchâssé d’une croûte d’épeautre à l’huile d’olive moelleuse à l’intérieur et crousti-sablée autour… Bref, un ré-gal pour jour de fête, de surcroît super « équilibré ».

(Recette en pas à pas !)

 

Ingrédients pour 6/8 personnes

Préparation : 30 min

Cuisson : 15 min à la poêle + 45min au four

 

Pour la pâte :

  • 500g de farine semi-complète de blé ou de grand épeautre (voir plus bas)
  • 1 sachet de poudre à lever
  • 1 c. à café un peu bombée de sel gris
  • 15cl de vin blanc sec (150g)
  • 15cl d’huile d’olive (120g)

Pour la garniture :

  • 2 longs filets de poisson frais ou surgelés (préalablement décongelés) au choix : ici, du saumon sauvage
  • 1 gros bulbe de fenouil
  • 1 oignon
  • 2 poignées d’épinards ou de blettes à couper
  • 75g de parmesan râpé
  • Sel, poivre 5 baies.

 

Éplucher l’oignon, retirer les feuilles extérieures un peu durs et filandreuses du fenouil (ainsi que les tiges) afin de ne conserver que le cœur bien tendre. Émincer le premier, couper le deuxième en cubes, et faire colorer le tout 15min à feu doux dans l’huile d’olive, en salant légèrement. Trois minutes avant la fin de la cuisson, ajouter les épinards, juste le temps de faire « tomber » les feuilles.

Préchauffer le four à 180°C, si possible en chaleur tournante.

Pendant ce temps, réaliser la pâte : mélanger au robot (ou à la main) la farine, la levure et le sel. Ajouter l’huile, puis mélanger jusqu’à obtention d’une consistance sableuse. Verser enfin d’un coup le vin blanc, et pétrir juste ce qu’il faut pour amalgamer une belle boule de pâte, sans trop la travailler inutilement.

Diviser en deux pâtons :

Étaler le premier (en un ovale un peu plus long et large que le filet de poisson) sur une plaque de cuisson farinée. Y déposer le premier filet de poisson, saler, poivrer. Répartir par dessus la garniture de légumes…

…puis saupoudrer de parmesan (là j’avais oublié ;)).

Recouvrir avec le deuxième filet de poisson, saler, poivrer.

Étaler le deuxième pâton, le déposer sur la garniture et bien faire adhérer les deux pâtes. Recouper proprement le tour à la roulette, puis décorer éventuellement en festonnant le tour du pâté avec une cuillerée à café (voir photo ci-dessous).

On peut enfourner le pâté ainsi, ou découper dans les « chutes » de pâte des petites décorations à l’emporte-pièce (étoiles, feuilles, etc. Ici, j’ai réalisé des petits poissons avec deux emporte-pièces, voir ci-dessus, l’un en forme de calisson, l’autre en forme de cœur) que l’on disposera sur le pâté.

Enfourner 45/50min, jusqu’à ce que le pâté soit bien doré.

Servir tout chaud, ou juste tiède, en découpant délicatement les tranches avec un couteau à pain.

 

=> Si vous utilisez de la farine de blé, il faudra la choisir d’un blutage T80 pour que la croûte soit parfaitement légère et croustillante. Avec de la farine de grand épeautre non hybridé, on peut sans souci « monter » jusqu’au blutage T110, le résultat sera tout aussi léger…

=> On peut raccourcir encore la recette en utilisant deux pâtes feuilletées du commerce… mais ce sera moins chouette pour la santé !

=> à réaliser aussi avec n’importe quels filets un peu grands de poisson blanc ou rose, sans peau et sans arrêtes, de mer ou d’eau douce, soit surgelé, soit acheté chez le poissonnier. Éviter juste les poissons au goût très fort (lieu noir, carpe, bonite…), car le parfum doit rester très délicat.

 

 

Rillettes « minute » de maquereau fumé au poivre

 

Le genre de recette que l’on improvise au dernier moment, en quelques coups de fourchette, par exemple pour garnir une grande tartine-repas saine et délicieuse, ou encore pour faire des toasts autour d’une bouteille de vin blanc.

La chair du maquereau fumé écrasée à la fourchette présente une consistance évoquant vraiment les rillettes de canard ou de porc, et bien que le parfum soit évidemment très différent, c’est tout à fait délicieux !

 

Ingrédients pour 2 personnes en repas principal, 4 pour une entrée ou une mise en bouche

Préparation : 5 min

 

  • Un paquet de 2 filets de maquereaux fumés au poivre, soit environ 300 à 400g (au rayon “saurisserie” des grandes surfaces, à côté du saumon fumé, etc.)
  • 100g de yaourt de brebis au lait entier (option la plus « sage »), ou de crème fraiche épaisse, ou de mascarpone (pour les jours de fête)
  • Quelques brins de ciboulette.

 

Enlever la peau des filets de maquereaux, puis écraser la chair à la fourchette (enlever éventuellement les arrêtes si on en trouve). Ajouter le laitage choisi, ciseler finement la ciboulette, puis bien mélanger à la cuillère jusqu’à obtention d’une consistance de pommade.

Servir aussitôt avec des blinis ou du pain grillé (dans un pot fermé, ces rillettes se conservent si besoin 24H au frais).

 

=> Sur une assiette de salade, on peut aussi « mouler » les rillettes dans des cercles inox individuels, et les présenter joliment ainsi, pour une entrée par exemple.

 

Recettes tirées de l’ouvrage

POISSONS et autres produits de la mer

100 Recettes éco-responsables

Paru aux éditions Terre Vivante

Pour consulter le sommaire, la quatrième de couverture, ou lire l’article de présentation sur le site de mon éditeur, c’est ici (clic)

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Rivière Vercors

Quelques grammes de douceur dans cet article de brute…