{ Un « mal aimé »… qui peut encore nous étonner ! }

{ Un « mal aimé »… qui peut encore nous étonner ! }

Chiffonnade de chou frisé au cantal, noix et jambon cru

♥ Sans Gluten ♥ IG très bas ♥

 

chou frisé 4En ce début d’année 2019, il y a un grand mystère existentiel que je voudrais résoudre : Pourquoi, mais pourquoiiiiiii donc, alors que tout le monde s’échine à préparer en salade le chou rouge, le chou cabus et le chou kale qui sont plutôt du genre coriaces, personne ne pense-t-il à faire de même avec le chou frisé, dont les feuilles sont toutes fines, délicates et tendres à souhait ?

Serait-il juste un peu trop rustique pour les tables branchées se voulant toujours plus à la pointe de la nouveauté, de la « créativité* »? Si c’est juste cela, qu’il vienne donc se consoler chez moi, grande adepte d’une certaine plouc’attitude heureuse et assumée, je saurais quoi faire de ses délicates frisettes !

D’ailleurs, imaginez un instant si, depuis des générations, on n’avait connu que le chou kale. Bon, déjà, l’espèce humaine aurait un peu muté, nous aurions tous un visage pyramidal à cause des mâchoires surdimensionnées, mais passons. Et puis un jour, au 21ème siècle, quelqu’un aurait « découvert » le chou frisé : Hiiiiiiiii ! Quelle délicatesse, quelle classe, il est trop mignoooooon, le chou frisé ! Pardon. Il est trop mignoooooon, le Curly Cabbage (oui, parce que ça fait toujours plus mieux avec un nom anglo-saxon : par exemple, chez nous, le chou kale s’appelle le « chou fourrager à vaches », ça fait tout de suite moins tendance**). On lirait sur les blogs et dans les magazines de cuisine tout un panégyrique sur le Curly Cabbage, si charmant, si healthy, si branché (pardon, si hipster)… Tout le monde vanterait les qualités nutritionnelles de cette nouvelle coqueluche, on s’esclafferait sur sa délicatesse en cuisine, on le masserait dans un beurre végétal aux épices pour le transformer en chips vegan, on le presserait à 4000 tours/minute pour en faire des smoothies de stars atttttention aux dents vertes avant la séance photo !, on l’entarterait, on l’engratinerait, on l’enmuffinerait, et il serait peut-être même « réinventé » en macaron, en fondant au chou-colat ou en tirami-chou (ouaip, plus rien ne m’étonne…).

chou frisé5Mais pas de chance. Le chou frisé nous tient compagnie depuis l’époque des gaulois, au moins, et rien n’arrivera de tout cela car dans l’imaginaire collectif, le chou frisé, c’est beuuuh, ou au mieux, c’est bof. On en achète -une fois !-quand les tomates, poivrons et aubergines pendent tout congelés au bout de leurs branches, que les blettes sont blets, que les courges deviennent liquides et qu’on a épuisé tout le répertoire des recettes aux poireaux. Voilà voilà… Pauvre chou, va.

Mais je vous vois venir ! Le problème avec le chou, c’est que ça sent le chou. OK. Loin de moi l’idée de nier l’évidence. Remarquons juste, par souci d’équité, que TOUS les crucifères sentent plus ou moins le chou, y compris le chic-issime chou kale, le chou chinois, le chou romanesco, le brocoli, la roquette, la moutarde, le colza (promenez-vous dans un champ au printemps, ça sent pas la rose)… sans parler du chou fleur et du chou de Bruxelles, deux malins qui cachent bien leur jeu sous leur petit minois sympathique, alors que ce sont en réalité deux bêtes de guerre hors catégorie en matière d’attaque chimique.

Et bien il existe des astuces trèèèès efficaces pour que le chou se fasse beaucoup plus discret !

– Astuce N°1: Choisir du chou bio, ou non traité (vous verrez, la différence est énorme côté odeur et saveur)

– Astuce N°2 : Ne pas le faire trop attendre au frigo (plus le chou est frais, moins il “sent” en cuisant)

– Astuce N°3 (la plus importante) : Ne surtout pas trop le faire cuire !

Pour des fleurettes de brocoli ou de chou romanesco, c’est 10/12 minutes chrono de cuisson à l’eau bouillante salée, surtout pas plus : les fleurettes doivent rester d’un vert pimpant, car dès qu’elles virent au kaki, hop, ça sent… Pour le chou frisé c’est exactement pareil : 10, 12 -à l’extrême limite 15 min- de cuisson suffisent, que ce soit dans l’eau (ou dans une soupe de type garbure, dans un bouillon de pot au feu, une potée…) ou au wok (après avoir fait revenir des oignons et des petits bouts de jambon cru par exemple ;)). Sauf que pour le chou frisé, il faut aussi penser à bien enlever le trognon (voir photo ci-dessous) car c’est lui qui sent le plus fort !

chou frisé6Évidemment, avec une cuisson aussi minutée, il faut d’abord couper le chou en morceaux : soit l’émincer (pour le faire sauter), soit le détailler en gros carrés (comme dans le colcannon irlandais), soit au minimum en quartiers, pour les potées par exemple. Sinon, seules les feuilles du tour seront cuites ! (En revanche, désolée, pour le chou fleur et le chou de Bruxelles la seule astuce « anti-odeur » véritablement efficace consiste à les cuisiner uniquement en cas de sinusite carabinée, quand on a le nez si bouché qu’on ne distinguerait pas un filet de haddock fumé d’une cuisse de poulet rôti…)

Et pour en revenir à notre bon vieux chou frisé, on peut donc aussi le préparer en salade, je vous assure, c’est très délicat ! Testez-le par exemple dans cette recette d’inspiration auvergnate (que j’ai surnommé « L’Arverne » à la maison ;)) associant les fameuses frisettes de chou à du cantal (miam !), des noix (re-miam), des « lardons » de jambon cru (re-re-miam) et des pruneaux (Euh ?…)

Et là je suis sûre que je vais vite recevoir un ou deux commentaires stupéfaits : Du pruneau, sérieusement ?!

Ben, cette idée m’est venue en cherchant quel autre ingrédient bien typique de la cuisine auvergnate l’on pouvait éventuellement ajouter dans cette salade après le chou, le cantal, le jambon cru et les noix qui sont déjà bien représentatif de ce terroir. L’idée du pruneau m’a d’abord semblée complètement saugrenue, puis intrigante, puis séduisante… Au final, l’association de saveurs est réellement formidable ! Vous verrez : en se resservant, vos convives chercheront moins à attraper les morceaux de fromage et de jambon que ceux de pruneaux…

On parie ?

chou frisé7

 

* Créativité : NF. Désigne, en cuisine du 21ème siècle, une très large palette de plats allant de belles idées assez bien inspirées (ex : Dauphinois de potimarron aux cèpes et confit d’oignons de Roscoff, chiffonnade de Pata Negra) aux fermentations intellectuelles les plus déroutantes (Tournedos de foie d’autruche mi-cuit aux wakame, émulsion café-citronnelle et mirepoix de rutabagas au miel de manuka ). (Et rien à voir avec le fait que je sois encore assez énervée d’avoir trouvé, cet hiver au resto, de la mangue et du pain d’épice dans une terrine de canard qui aurait été tellement bonne, si on lui avait foutu la paix !)

** Oui, parait que ça fait toujours plus rêver en anglais, mais j’y vois au moins une exception : la kalette (joli petit chou de Bruxelles rose et frisé que l’on trouve de plus en plus souvent en magasin bio), se nomme « Flower Sprout » dans la langue de Shakespeare, et c’est bien ainsi qu’il est noté sur les étiquettes des étals de mon magasin bio. J’aime mieux « kalette ». Même si « Flower Sprout » ça a le mérite d’être franc, direct et sans détour…

 

Ingrédients pour 3/4 personnes

Préparation : 15min

  • La moitié d’un chou frisé de taille moyenne
  • 1 oignon rouge
  • 100g de cantal jeune
  • 100g de jambon cru en tranche un peu épaisse
  • 8 pruneaux
  • Une dizaine de noix dans leurs coques
  • 6 c. à soupe d’huile d’olive ou de noix
  • 3 c. à soupe de vinaigre de vin
  • Sel, poivre.

Enlever les deux ou trois feuilles vraiment vert très foncé et coriaces autour du chou. Recouper le demi chou en deux, puis bien enlever le trognon (voir sur la photo 3). Émincer finement au robot ou au couteau.

Recouper la tranche de jambon en « lardons », et le cantal en cubes. Dénoyauter les pruneaux et les découper aux ciseaux en petits morceaux. Casser les noix.

Bien brasser ensemble tous les ingrédients de la salade, puis servir aussitôt, car les feuilles si tendres du chou frisé n’ont pas spécialement besoin de mariner !

chou frisé 3

Ça c’était un chou de mon jardin (en 2017), tout couvert de gel… En fait, le SEUL chou acceptable de mon jardin (oui parce que les rats taupiers se goinfrent dans mon potager, et ils aiment tout particulièrement les racines de chou, si vous saviez… j’suis au bout du rouleau 😉 Est-ce que quelqu’un aurait une solution? Pitiéééééé.)

Chou frisé 2

Une autre façon très simple de détailler le chou en petits morceaux, c’est de superposer quelques feuilles les unes sur les autres (pour gagner du temps) avant de les couper en carrés. Après, il suffit de les faire sauter au wok, ou cuire à la cocotte. C’est aussi ainsi que l’on procède pour confectionner le colcannon irlandais, ce plat si délicieusement réconfortant associant pommes de terre, chou, lait et fromage…

chou frisé

Eh, psst… D’ailleurs, vous la voulez ma recette du colcannon irlandais? C’est pas DU TOUT à IG bas, mais mâhââ, que c’est bon !

Tous mes plus beaux voeux pour cette nouvelle année 2019 !!!

Et un grand merci pour tous ceux d’entre vous qui m’ont laissé de si gentils messages lors du dernier post. Je suis vraiment désolée de n’avoir pas pu répondre (quand j’ai rouvert mon ordi, il y avait plus de 180mails !), mais j’ai évidement tout lu, et que dire à part que vous m’avez beaucoup touchée… Merci encore pour ces bons moments passés à vous lire, car votre gentillesse et votre sympathie comptent beaucoup pour moi. Ce blog, c’est énormément de travail, mais quand je suis presque tentée de baisser les bras (ça m’arrive d’être parfois un tout petit peu au bout du rouleau, j’avoue ;)), tant de gentillesse me remotive beaucoup. Vous êtes juste formidables ! 🙂