{ Le « chevrothon », et non, ceci n’est pas une recette de fromage de chèvre au thon ! }

 

{ Le « chevrothon », et non, ceci n’est pas une recette de fromage de chèvre au thon !}

Une belle histoire…

 

Vous n’êtes sûrement pas sans savoir qu’en plus de mon métier merveilleux, j’ai aussi -et je dirais même, j’ai surtout-, la « casquette » de mère de famille nombreuse. Six enfants, dont quatre « grands », il y a de quoi être bien occupée, mais ces derniers mois ont été plus chargés que jamais. Je vais vous raconter tout ça 😉

Petit retour en arrière, pour vous présenter Hugues, mon « numéro 2 ». Il y a trois ans de cela Hugues était en première générale, genre plutôt bon élève, appliqué mais pas super motivé, et encore c’est un euphémisme. Chaque matin, l fallait un grand coup de vuvuzela directement sur l’oreiller pour réussir à lui faire ouvrir la moitié d’une paupière, et il partait en cours avec l’air presque aussi enthousiaste qu’un australopithèque devant aller absolument chasser le mammouth avec 40 de fièvre et un lumbago.

Et puis, un jour où nous promenions ensemble les toutous dans les champs, il m’a juste avoué, prenant comme à témoin ces jolis paysages de campagne : « Tu sais maman, je crois que travailler dans un bureau, c’est pas fait pour moi. En fait, ce que je voudrais vraiment faire, c’est agriculteur, et même éleveur de chèvres plus exactement ». Cela ne m’a pas beaucoup étonné : je les connais par coeur, mes zouaves.

Hugues c’est celui qui, tout-petit, était capable de faire guili-guili sous le menton de tous les molosses qu’il croisait sans jamais se faire mordre, celui qui aimait balancer tendrement un coq dans ses bras sur une balançoire pour l’endormir, ou renouveler chaque jour un plâtre à l’argile sur une patte de canard cassée jusqu’à ce qu’il ne boitte plus. La moindre chose que l’on puisse dire, c’est qu’entre les bestiaux et lui, le contact passe bien depuis toujours.

Alors direction le lycée agricole (une MFR, plus exactement), pour une réorientation bac pro. Je me souviens encore d’une remarque de professeur du lycée général qui m’avait fait bouillir : « Enfin, Hugues ne va pas faire ça, un garçon si bon en classe, quel gâchis ! ». Hum, ça veut dire quoi ça, qu’il faudrait être de préférence un peu illettré pour faire un bon agriculteur ? Quel cliché à la noix, non mais franchement !

Une associée va rejoindre Hugues d’ici moins de deux ans : Sa soeur de 16 ans (ma « numéro 4 » ;)), elle aussi en bac agricole…

Sans compter quelques encouragements  absolument prodigieux du genre : « Tu ne vas pas faire un métier où le taux de suicide est si élevé ? », « Tu vas sentir la chèvre toute ta vie ! », « Hinhinhin, encore un bobo de plus qui croit qu’il va gagner sa vie en élevant des chèvres et cultivant du cannabis » (je vois vraiment pas le rapport). Que de gentillesses !

Mais il est têtu, mon fils, gentil mais têtu, ahlàlà, si seulement vous saviez. Parfois, ça m’énerve (%*# !!!), et parfois, ça a du bon 😉

Bref, il a passé deux années formidables en alternance, moitié du temps à l’école, l’autre moitié dans une chèvrerie bio pas très loin de chez nous. Plus besoin de vuvuzela : quand on se levait aux aurores, il était déjà parti en vélo, à la nuit noire, voir si tout allait bien chez les biquettes qui devaient mettre bas. On le voyait aller et venir tout content, sifflotant, sans compter ni sa peine, ni sa fatigue, bref, on le voyait heu-reux, et tout se « combinait » au mieux pour lui puisque la personne qui était en train de reprendre la chèvrerie avait prévu de l’engager après le bac comme stagiaire BTS, puis comme associé à temps plein ! Bref, un chouette avenir, bien tracé, dans le calme, la joie, la sécurité.

Et puis… gros coup dur. Trois jours avant Noël, nous apprenons que pour des raisons sur lesquelles je ne peux pas trop m’étendre, le « plan de reprise » de l’exploitation tombe à l’eau. Tous les rêves de Hugues aussi. Il ne reste qu’un des deux associés, celui qui vendait la ferme, un monsieur formidable mais qui ne peut plus tenir tout seul car d’autres projets l’attendent depuis longtemps. L’exploitation doit donc être arrêtée, vendue. Un jour de janvier, les biquettes que Hugues soignait avec tant d’affection (dont certaines qu’il avait vu naître le printemps précédent) partent vers d’autres exploitations. Il leur avait donné des petits noms, connaissait par cœur leur caractère, il ne les reverra jamais. C’est ainsi, il fallait réellement vendre ce troupeau en urgence car beaucoup de chèvres étaient sur le point de mettre bas, et personne n’était plus là pour bien s’en occuper, même pas Hugues qui devait hélas passer son bac, et pour cela continuer à aller au lycée une semaine sur deux.

Ça sourit, les biquettes, je vous promets ! Si si…

Bien sûr, vu comme ça, on aurait envie de dire, « Bah, c’est pas grave, il en verra d’autres dans la vie ». C’est juste. Mais moi, la maman, j’ai vu une vraie détresse dans ces yeux là, et comme je ne pouvais rien y faire, je vous promets que ça m’a fait un peu mal. Les jours qui ont suivi n’ont pas été très joyeux. On essayait de refaire des plans, mais les chèvreries bio, dans le coin, il n’y en a pas des masses.

Et puis un jour il nous a demandé tout à coup : « Et si je la reprenais moi cette exploitation ? L’été prochain, juste après mon bac !».

Là, je vous promets, ça se passe comme ça : D’abord tu te demandes comment expliquer à ton fils que vraiment, ce n’est pas du tout possible, avec le ton ferme mais conciliant que tu avais dû prendre, déjà, quand à 5 ans il avait voulu élever des bigorneaux dans le lavabo. Et puis tu croises un regard si brûlant de vivacité, de confiance et d’enthousiasme que tu te retrouves comme un âne à ne pas trouver tes mots.

Alors je vous la fait courte : On lui a dit « Ouaip, ça se tente peut-être, mais, heu, demande quand même leur avis à tes professeurs du lycée agricole pour voir ».

Ils lui ont dit (les traîtres ! 😉) : « Ouaip, ça se tente, demande à la chambre de l’agriculture ».

À la chambre de l’agriculture, ils lui ont dit, « Ouaip, ça se tente, on va travailler tout ça, demande aux banquiers ».

Et les banquiers lui ont dit « Ouaip, ça se tente… même que ça va le faire ! »

C’est très très résumé évidemment 😉

Et voilà comment, après quarante-douze rendez-vous, 1083 heures au téléphone, 687 paraphes et signatures, 872 poignées de main, 245 pages à imprimer et signer, 4 cartouches d’encre à changer (*%# !!!), 2327km d’allers-retours maison/chambre de l’agriculture, 6 stages de perfectionnement sur le terrain (dont un lui ayant coûté l’arcade sourcilière gauche et le crash d’une voiture ;)), une méningite pour essayer de comprendre ce que l’assureur était en train de nous expliquer, une agrégation en machine à traire (le fil rose, sur la mamelle rose, le fil blanc, sur la mamelle blanche, hop…), etc. voilà, disais-je, comment un jeune homme légèrement audacieux, pas mal têtu, et méga passionné se retrouve à la tête d’une exploitation de 55 chèvres, endetté sur 25 ans. Mais ça devrait bien se passer. Même pas peur 😉

Voici le tout premier biquet que Hugues avait aidé à naître, en stage, il y a déjà deux hivers… ça méritait bien une photo 🙂

Nous, en tant que parents, ce qu’on a trouvé le plus éprouvant c’est le premier rendez-vous avec la chambre de l’agriculture : Mazette, la tension nerveuse qu’il a fallu déployer pour cacher -avec le plus de dignité possible- cet air complètement abruti sur notre figure quand le conseiller nous a dit : « Lorsque Hugues aura passé son bac pro CGEA à la MFR et terminé son PPP, il pourra prétendre en tant que JA primo-accédant à la DJA, à condition bien entendu que la commission SAFER ait statué, et qu’il soit passé en CDOA, mais si on prépare un BP en béton j’suis pas inquiet » !).

Tout ce qu’on avait entendu, nous, c’était « pas inquiet », dans l’histoire… Alors on a essayé d’avoir l’air aussi peu inquiet que possible 😉

Voilà, voilà… Là on y est. Je savais que ça serait un parcours du combattant, mais à ce point là ! Cependant, je n’en reviens toujours pas de toute l’aide que nous avons reçu : conseils et incroyables « coups de pouce » des professeurs du lycée agricole, conseillers de la chambre de l’agriculture, maîtres de stages, agriculteurs du coin, maire du village, famille, que de soutiens sans lesquels les choses auraient été tellement plus aléatoires ! Cela fait chaud au cœur de voir à quel point les gens se mobilisent d’emblée avec sympathie pour soutenir un jeune agriculteur.

Normalement, Hugues « signe » mi-novembre : Un banquier le suit pour l’achat des terrains (22 hectares de coteaux plein sud en moyenne montagne, idéal pour les biquettes), des bâtiments agricoles (une confortable étable pour les chèvres, une fromagerie en ALGECO, une grange à foin) et il y a même une petite maison d’habitation… que Hugues restaurera dans longtemps, parce que pour l’instant, même sans chauffage et avec des trous dans le plancher qu’on-peut-voir-la-pièce-du-dessous, pour lui c’est déjà le rêve, vraiment trop de luxe, du moment qu’il peut relancer l’exploitation…

C’est si beau, c’est si doux, une chèvre… Celle-ci est de race Alpine Chamoisée, elle appartient à une dame que j’aime beaucoup et qui fait des fromages de chèvre formidables dans notre village (bonjour Christine ! :)) C’est aussi la race que Hugues a choisi pour son troupeau…

Il faut maintenant trouver de quoi acheter le troupeau, puisque les chèvres ont été vendues depuis presque un an (il ne reste sur place que le vieux chien de berger, qui se fait suer, mais suer… on dirait le mec chargé de surveiller les mouvements de foule en Antarctique).

Et là, je vous avoue, on a un peu besoin d’aide, et c’est pour cela qu’on a lancé un financement participatif. Hugues a dû prendre de gros gros crédits, car même en restant très « raisonnable » (pas de tracteur énorme pour se la péter et épater les collègues par exemple : le sien, qui a « presque » fait 14/18, ne daigne démarrer qu’en pente, et encore, il faut espérer qu’il démarrera avant la fin de la pente), les investissements sont lourds, très lourds. C’est bête, mais si ce financement participatif ne marche pas, ça sera très compliqué car on a atteint un peu le maximum de nos possibilités côté crédits + soutien familiale.

Je veux cependant être bien sincère.

Si vous ne pouvez pas aider Hugues financièrement, je le comprendrais très bien. Je suis maman d’une grande famille, et il y a toute une liste de « bonnes œuvres » que je voudrais faire, et que je ne peux pas me permettre. Donc, surtout, pas de culpabilité…

Et si vous pensez que vous pouvez le faire, je sais à peine comment vous remercier ! Sachez que je suis déjà un peu confuse de demander ce coup de pouce, je préfèrerais vraiment que mon fiston n’en ait pas besoin mais je me dis que peut-être, certain d’entre vous seront heureux de le soutenir dans cette belle aventure car je vous promets qu’il « tient la route » comme chevrier bio mon Hugues, et qu’il va réussir parce que même en étant tout jeune, il connaît bien son métier : que ce soit pour soigner les chèvres, faire des super fromages, assurer une bonne compta de son exploitation etc. ce n’est pas un farfelu, sinon on lui aurait dit non, comme pour le coup des bigorneaux. Je peux aussi vous assurer, le connaissant bien, que chaque sou sera employé pour quelque chose « d’intelligent » : en premier lieu le troupeau (cela représente un gros budget hélas), et si le financement se passait mieux que prévu, parer à d’autres choses un peu urgentes.

Pour le reste, je vous laisse découvrir sur la plateforme Miimosa le projet de Hugues, qui vous l’expliquera mieux que moi, ainsi que les petits cadeaux que nous avons prévu pour remercier les contributeurs (j’ai payé de ma personne, vous verrez, il y a même une « journée VIP » surprise ;))

Je vous l’ai dit, c’est une belle histoire. Et le plus chouette, c’est qu’on va peut-être continuer de l’écrire ensemble, grâce à vous…

Un grand grand merci, car le plus beau c’est qu’en faisant son bonheur, je vous promets, vous faites aussi le mien 🙂

Ici, le lien pour découvrir le projet de Hugues sur la plateforme Miimosa

 

Vous pouvez aussi copier-coller ce lien dans votre barre de navigation :

https://www.miimosa.com/fr/projets/soutenez-un-jeune-chevrier-bio-dans-son-installation

 

 

Et ici, une petite vidéo « fait-maison » (on ne se moque pas ! ;))

 

 

Et quelques photos en plus…

Une photo prise ce printemps : vue sur la chèvrerie… C’est joli n’est-ce pas?

Bon, de près, on voit qu’il y a des travaux à prévoir dans la maison, mais ce n’est pas très grave, le principal étant que les bâtiments agricoles soient bien en état pour les biquettes (et c’est le cas !)

Est-ce que vous reconnaissez Dauphine ? Je vous en avais parlé il y a quatre ans, quand elle arrivait dans notre famille… Depuis, elle a grandi avec Hugues ( c’est son « meilleur pote » sur Terre ;)), et partira avec lui pour la chèvrerie. Ça nous coûte un peu, on l’aime bien notre toutou, mais garder des chèvres, c’est ça, le bonheur ultime pour un Border Collie ;)

La campagne environnante, vous la connaissez déjà, c’est la même qu’autour de chez moi… En fait, je peux aller chez lui à pied ! Pas comme mon autre fiston parti de l’autre côté des Alpes ;)

Avant, cette chèvrerie s’appelait « La Combe du Lin », et je suis sûre que certains grenoblois la connaissent bien car Vincent, l’ancien propriétaire, faisait des fromages sensationnels qu’il vendait sur les marchés. Comme nouveau nom, Hugues a choisi « Les biquettes de Chambaran »…